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Le truc du turc

  • Photo du rédacteur: Alexandre Missoffe
    Alexandre Missoffe
  • 22 déc. 2025
  • 3 min de lecture



Ces derniers temps, je recueille patiemment, entre deux clients, toutes les informations que je puis trouver sur les activités passées dans le passage des Panoramas. C’est un travail fastidieux, et qui l’est d’autant plus que ma désorganisation maladive me force à recommencer cent fois l’ouvrage.

Mais il ne passe guère de jours sans que cette pêche urbaine ne fasse remonter sur ma ligne quelque amusante trouvaille qui me paie largement de mes efforts.

Ainsi, je découvre qu’en 1821, au coin du passage des Panoramas et de la rue Saint-Marc, la foule des parisiens se presse pour admirer le célèbre « Turc Mécanique », et ceci me donne le prétexte d’en raconter l’histoire…

 

Nous sommes en 1769, Marie-Thérèse, Impératrice d’Autriche assiste à un spectacle de magie. Elle demande à l’ingénieur de la Cour, le hongrois von Kempelen, de lui expliquer le tour. Von Kempelen ne peut pas obéir à sa souveraine, car il n’a pas compris comment le magicien s’y est pris, et cela le rend furieux. Vexé il quitte le palais en jurant de ne revenir que lorsqu’il pourrait prouver que la science est plus forte que les illusionnistes.

1770. Von Kempelen présente triomphalement au palais de Schönbrunn son invention géniale : le Turc mécanique !

Il s’agit d’un automate en bois, représentant un ottoman enturbanné, grandeur nature, assis devant une table sur laquelle est posée un échiquier. L’automate joue aux échecs contre les candidats qui se présentent… et il les bat systématiquement !

 

Le prodige c’est que les mouvements de l’automate ne peuvent pas être réglés d’avance puisqu’ils dépendent du jeu de son adversaire… or, aux échecs, des séquences possibles de coups, il y en a 10 puissance 120. C’est-à-dire beaucoup. Considérablement plus qu’il n’y a d’atomes dans tout l’univers.

Cette machine est donc forcément un Turc qui a un truc, mais lequel ?

A l’invitation de von Kempelen, le public ouvre le gros meuble sur lequel l’échiquier est posé, mais il n’y voit que des rouages et des engrenages particulièrement complexes. On sonde l’automate pour voir s’il n’est pas creux et dissimulerait un petit homme, mais il n’y a que des poulies, des charnières et des ficelles. On met l’ensemble sur un plateau avec des roues pour vérifier qu’un jeu de trappes ne puissent pas permettre à une main humaine d’agir, on place des aimants et des ferrailles autour pour perturber un éventuel pilotage magnétique, mais rien n’y fait, le Turc mécanique joue et gagne !

Alors, comme toutes les hypothèses rationnelles s’avèrent fausses, il ne reste plus que la superstition : ce turc est un vilain sorcier qu’une inquiétante malédiction poursuit.

L’automate de von Kempelen devient rapidement le sujet de conversation de toute l’Europe. Mais son créateur est plus que réticent à le laisser rejouer. Par une étrange ironie, l’esprit rationnel de von Kempelen, ne pourra surpasser un magicien qu’en devenant un sorcier !

Von Kempelen démonte sa machine, la range et essaye d’intéresser ses contemporains à ses autres travaux, sur les moteurs à vapeur ou les oscillations du son. En 1782 l’Empereur Joseph II lui ordonne à de reconstruire sa machine et de l’amener à Vienne qui sera la première étape d’une tournée européenne. L’ingénieur hongrois est bien forcé d’obéir. A Vienne, le Turc mécanique bat Joseph II et son invité le Tsar Paul Ier. Il part ensuite pour Paris où il joue – et gagne – contre Benjamin Franklin, Londres, Berlin. Partout les personnalités les plus en vue veulent se mesurer au Turc mécanique, qui gagne à chaque fois !

En 1804 von Kempelen meurt, maudissant probablement son orgueil qui le conduisit à être l’esclave de sa créature et enchaîna son destin à ce Turc en bois dont le succès le laissait de marbre.

La machine est alors rachetée par Johann Maelzel qui en pénètre alors le secret. La table dissimule bien une cachette dans laquelle un joueur d’échec peut s’installer pour piloter le pantin de l’intérieur et guider ses coups. Evidemment, Maelzel se garde bien de révéler le truc du Turc mécanique qui continue ainsi sa carrière. En 1809 il joue contre Napoléon et le bat. Puis, aux alentours de 1820, Maetzel loue la boutique dans le passage des Panoramas où les Parisiens viennent l’admirer.


 

Le Turc mécanique, depuis, ne cesse de produire, à sa manière, c’est-à-dire en inspirant des récits plus ou moins scrupuleux. On trouve quantité de légendes à son propos, dont la seule partie contre Napoléon pourrait remplir des volumes entiers, mais s'il n'en faut citer qu'un c'est bien celui d'Edgar Allan Poe : Von Kempelen and his discovery

 
 
 

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13 Passage des Panoramas,

75002 Paris, France

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