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Le Théâtrophone de Clement Ader

  • Photo du rédacteur: Alexandre Missoffe
    Alexandre Missoffe
  • 18 déc. 2025
  • 2 min de lecture

 

 « L’exposition universelle de 1889 » est un récit qui en contient lui-même tellement que je mesure quotidiennement, avec un vertigineux bonheur, dans quel délicieux piège je suis tombé en exposant cette histoire. De la tour Eiffel à la fontaine lumineuse ou du Palais des machines aux bisons de Buffalo Bill : partout où l’on regarde il y a un fil amusant à tirer.

A propos de fil, arrêtons-nous un instant sur ceux du théâtrophone.

Lors de l’exposition universelle, dans la section américaine de la Galerie des Machines, Thomas Edison fait la démonstration entre autres inventions, de son phonographe.

Un peu plus loin, un autre génie touche-à-tout, français celui-ci, Clément Ader, présente son « théâtrophone ».

Le théâtrophone a ceci de particulier que le son qu’il propose est « live », comme on dirait dans la langue d’Edison. Le phonographe reproduit et conserve le son, le théâtrophone le transmet. Pendant l’exposition de 1889 les curieux se rendent au pavillon de la Société générale du Téléphone où, dans une rangée de petites cabines, les attendent un curieux appareil. Ils règlent l’aiguille sur la scène qu’ils veulent entendre, mettent une pièce dans la machine et clic, les voici sur la scène de l’Opéra, clic, les voilà aux Variétés, clic au théâtre de la Renaissance, etc…

Comme la fascination pour les gadgets modernes totalement inutiles existait bien avant le paillasson connecté, le bitcoin et le réfrigérateur intelligent, le théâtrophone eût un grand succès qui entraîna logiquement la création, dans la foulée de l’Exposition, de la « Compagnie du Théâtrophone ».

On peine à concevoir pourquoi des clients se déplaçaient pour aller se coller l’oreille à un appareil en mettant dans la machine une pièce de 1 franc pour 10 minutes d’audition. Malheureux qui tombe à court de monnaie avant le dénouement ou pire, qui voit son argent disparaitre pour entendre le bruit des chaises pendant l’entracte !

La compagnie du Théâtrophone fonctionne pourtant suffisamment longtemps pour accompagner le développement du téléphone qui permet désormais aux abonnés d’entendre un spectacle depuis chez eux. Proust, notamment, en sera un adepte enthousiaste, mais le service ne décolle pourtant jamais vraiment et sera finalement concurrencé par la radio qui marquera la fin du procédé commercial.

Au final le théâtrophone aura finalement marqué les arts et la science mais d’une façon indirecte et presque, pourrait-on dire, par contagion : Verdi fera interdire la diffusion de ses œuvres par théâtrophone, inaugurant le principe du droit d’auteur ; Clément Ader financera ses travaux sur l’aviation grâce au produit de la vente du Théâtrophone, et Jules Cheret, le plus grand affichiste français, fera la superbe publicité pour le Théatrophone qui est reproduite ici et recevra la médaille d’or, lors de l’Exposition universelle…  de 1889 !

 
 
 

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13 Passage des Panoramas,

75002 Paris, France

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